Jean
Johann Baptist Heinis poèmes et sermons

Au baptême de Jean-Baptiste  HEINIS
Le prêtre, touchant ses lèvres, avait prononcé
“Ephpheta - ouvre-toi ”

Autour ders années 50 Emmanuel Mounier signait un livre “ FEU LA CHRÉTIENTÉ ”.
Le curé Heinis l’avait donc échappé belle ! Il avait vécu en chrétienté : PRÊTRE en chrétienté. (Différent, certes, de celui dont Bernanos avait écrit le “Journal”…) Devant les difficultés récentes des pays européens pour dire, si possible ensemble, qui ils sont, d’où ils viennent, quelles sont leurs “ valeurs ” communes et où ils vont, on comprend aussi le constat d’un autre contemporain : “nous autres, civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles”… Le Docteur Jurascheck a réussi, en rendant la vie aux imposantes liasses d’écrits dont l’encre a déjà la pâleur de la poussière et de la cendre, à faire parler un témoin de cette CHRETIENTE soi-disant morte ou présentant des apparences de l’être bientôt…

L’époque marque l’auteur. L’auteur le lui rend. On ne peut séparer l’un de l’autre. Même, et peut-être surtout si l’un des deux est un Curé de Paroisse. Allons sonner comme de faux naïfs, aux portes des presbytères d’Oberhergheim, de Pulversheim, Roppentzwiller, Ranspach-le-Bas, et Schlierbach… nous n’y trouverons plus leur curé…Décrivant alors au nouveau locataire l’ancien village que nous cherchons, celui-ci nous aide à découvrir à quel point la cité “ rurale ” c-à-d. de la campagne (car “rus” signifie campagne) s’est “rurbanisé” en s’intégrant une importante part d’ ”urbs”, ce qui signifie : la ville. L’évolution ultrarapide, à laquelle rien (apparemment !) n’échappe, a transformé la ferme, la maison, le travail, le temps, l’horizon, les besoins, les connaissances, les relations, la communication, la technique, le savoir et le pouvoir, - aussi le demi- ou le pseudo- savoir, l’imaginaire et l’utopie…
Jusqu’aux noms gravés sur les pierres tombales . (Puissent les villages sauver le leur. Pour mémoire un ‘quartier’ actuel, le 68440, s’appelait Schlierbach, c’était la dernière paroisse du curé Heinis !).

Il ne doit pas être facile, aujourd’hui, pour un enfant d’imaginer le monde c’est à dire le tout de la vie des hommes sur lequel “se levait” et “se couchait” le soleil du temps du curé Heinis .Les représentations qui lui en ont été faites sur les vitraux des églises ou les chemins de croix de l’époque devaient avoir été inspirées par l’image qu’on se faisait du lointain et du passé (moins naïvement cependant qu’on ne le croit,) des paysages bibliques dans lesquels évoluaient et se rencontraient aussi bien Dieu et les anges que les hommes ? Les scènes, de l’Annonciation à l’Ascension, autant que les paraboles, y trouvent un décor tout à fait approprié . On les aurait dit faits exprès pour cela…

Les ressemblances ne manquaient pas d’ailleurs, et les hommes y ont veillé. Ils n’avaient jamais cessé d’être des “terriens” ! Le curé Heinis n’encourageait-il pas paternellement son jeune confrère de Steinsoultz qui venait célébrer sa “Primitz” à rester courageux et serein quand les jours de son ministère seront moins festifs que celui-ci ? À l’autre bout, au jubilé d’or du curé Bay de Koestlach, l’enfant du lieu rendra hommage à celui qui aura su résister aux paroissiens qui étaient intervenus… à l’évêché…au tribunal d’Altkirch… pour le faire partir ; et se réjouira avec ses “fidèles” d’avoir “triomphé” des “Halunken”… Valentin devait tenir tête au “Schimpf und Spott” que lui a valu la rénovation de l’église, sinon ”mach der Bündel un lass die Simpel schreia, sa warda’s scho bereue ”.On imagine aussi, sans doute dans la sacristie, la démarche de l’organiste de Schlierbach, venu présenter sa démission pour cause de rétribution insuffisante…
Les descriptions (lues à haute voix, si possible) du curé Heinis sont réalistes. Et tout de même retenues. La CHRÉTIENTÉ n’est donc pas encore l’antichambre du PARADIS. Elle est le résultat de ce qu’elle a et de ce qu’elle n’a pas. De ce qu’elle est et de ce qu’elle n’est pas (encore). De ce qu’elle sait et de ce qu’elle ne sait pas (encore).De ce qu’elle cherche et de ce qu’elle fuit peut-être en cherchant. Le prêtre-poète sait bien que les savants ne se contenteront pas du récit de la Bible pour expliquer le devenir du cosmos et l’avènement de l’homme. Il ne lui a pas échappé que la Lumière est née le premier jour, le soleil a du attendre le 4° pour éclairer ! 6000 ans pour l’âge de la création, cela sied pour la prédication et le catéchisme où il est bien rappelé que 1000 ans c’est comme “X” ; personne ne sait combien cela fait mathématiquement…Et d’abord il importe de savoit QUI a créé ? POURQUOI ? Et POURQUOI tout n’est pas PARFAIT ? Et VERS OU on va ? Les hommes sont assez grands pour chercher “quand ?”, “en combien de temps ?” et “comment ?” cela a pu se faire ? Et si “l’histoire du singe” est vraie ?Il y aura un demain pour le ‘savoir’. Et pour le reste aussi ! On travaillera aussi “en d'r Fabrek” qui existe déjà. On parle de politique, de “socialistes” , de “démocrates” etc. Et viendra l’époque où on croira pour de bon sortir des ténèbres et toucher le matin dont la LUMIÈRE ne pourra plus engendrer que du PROGRÈS.

 

COMPRENDRE le TEMPS de JEAN BAPTISTE HEINIS

A-t-on le droit de le quitter sans avoir essayé de distinguer quelques composantes de son “ alchimie ” ? Il faut ‘NOMMER’ avant même que l’étude de ses sermons ne complète notre enquête, des notions (non ! des réalités !) comme ORIGINE, MYSTÈRE, SENS, PAROLE, SYMBOLE, POÉSIE, BEAUTÉ, TRANSCENDANCE…TRANSPARENCE...
Transparent lui-aussi et vu à partir de son être profond, notre prêtre-poète ne pouvait pas ne pas avoir de rapports privilégiés avec le VERBE avec qui tout a commencé : le récit de la création est un poème ! Dieu NOMME les choses. Elle ne seront pas seulement “nature”, mais “créatures” . La Parole ne se sépare (ou ne se décolle) pas tout à fait de ce qu’elle a produit. Elle devient symbole, rite ! Et le symbole parle. Dans l’Eucharistie l’Abbé Heinis faisait-il autre chose que lier la Parole au pain, au vin ? Ayant fait cela le poète ne peut plus vider de sa plénitude une parole pour ne la destiner qu’aux animaux ou aux machines ! Parler c’est sacré ! (“à son image…”) . Ce qui doit être vrai, juste et beau, si possible même chanté ! Un autre poète alsacien, Louis Spielmann, nous lisait, en classe de biologie, quelques vers dédiés à Joh. Sebastian Bach et où il lui faisait dire : “Ein Weltall schuf ich ein im Laut” !

Pour le poète (que tout homme est appelé à être), tout est transparent parce que habité. La terre par le rythme des saisons et la vie. Notre histoire par les évènements fondateurs que sont les fêtes, Noël, Pâques, le baptême, la sépulture ….C’est de là que jaillit la source et que réside l’unité profonde de l’Abbé Heinis.

Il est vrai qu’entre son époque et la nôtre s’est intercalé et dure encore ce que Marcel Gauchet a appelé “Le Désenchantement du Monde”. Une chose me paraît certaine : il nous faudra des poètes, car eux seuls pourront le réenchanter et donner aux hommes le goût de vivre.

+ Léon Hégelé
Evêque Auxiliaire Emérite de Strasbourg

 


 

Bei der Taufe von Johann Baptist Heinis
hatte der Priester, als er seine Lippen berührte, gesagt: “Effata (Ephpheta) öffne dich.”

Um das Jahr 1950 herum schrieb Emmanuel Mounier ein Buch mit dem Titel “Das verstorbene Christentum.“ Pfarrer Heinis hatte also Glück gehabt. Er hatte im Christentum gelebt: Priester im Christentum (verschieden sicher von dem Priester über den Bernanos in “das Tagebuch” geschrieben hatte.) Vor den neuerlichen Schwierigkeiten der europäischen Länder zu sagen, wenn möglich zusammen, wer sie sind, woher sie kommen, welche ihre gemeinsamen Werte sind, wohin sie gehen, versteht man die Aussage eines anderen Zeitgenossen: “Wir Zivilisationen, wir wissen von nun an , dass wir sterblich sind.“ Es ist Doktor Jurascheck gelungen, einen Zeugen dieses totgesagten oder anscheinend bald toten Christentums zur Sprache zu bringen, indem er wieder den zahlreichen Papierbündeln, deren Schrift schon verblasst und grau wie Staub und Asche ist, Leben einflößte.Die Zeit prägt den Schriftsteller. Der Schriftsteller gibt sie ihr zurück. Man kann sie nicht von einander trennen, sogar und vielleicht besonders, wenn der eine Pfarrer ist.

Lasst uns doch unbefangen an der Pfarrhaustür von Oberhergheim, Pulversheim, Roppentzwiller, Niederranspach und Schlierbach klingeln...Wir werden keinen Pfarrer mehr finden. Wenn wir dann dem neuen Bewohner das alte Dorf, das wir suchen, beschreiben, wird er uns helfen zu entdecken, wie die ländliche Siedlung städtisch geworden ist. Die extremschnelle Evolution, der anscheinend nichts entgeht, hat den Bauernhof, das Haus, die Arbeit, die Zeit, den Horizont, die Bedürfnisse, die Kenntnisse, die Verbindungen, die Kommunikation, die Technik, das Wissen und Können, die Einbildung und die Utopie verändert...

Bis auf die Namen auf den Grabsteinen...( Hoffentlich werden die Dörfer ihre Namen retten. Ein Viertel von heute, das die Nummer 68440 trägt, hieß Schlierbach, es war die letzte Pfarrei des Pfarrers Heinis.) Heutzutage ist es sicher nicht leicht für ein Kind sich eine Vorstellung zu machen von der Welt zur Zeit des Pfarrers Heinis, das heißt von dem ganzen Leben der Menschen über dem die Sonne aufging und unterging. Die Darstellungen, die man ihm gezeigt hat, auf den Kirchenfenstern oder den Kreuzwegstationen dieser Zeit, mussten von dem Bild der Ferne und der Vergangenheit angeregt sein, (nicht so einfältig, wie man es glaubt,) von dem Bild der biblischen Landschaften, in denen Gott, die Engel, die Menschen sich bewegten und sich begegneten. Die Szenen, von der Verkündigung bis zu Christi Himmelfahrt, ebenso wie die Gleichnisse, finden da einen geeigneten Rahmen. Man könnte sagen, sie seien dafür besonders gemacht worden. Die Ähnlichkeiten fehlten übrigens nicht und die Menschen sorgten dafür. Sie hatten nie aufgehört Erdbewohner zu sein. Hatte Pfarrer Heinis seinen jungen Kollegen von Steinsulz, der gerade seine" Primiz" gefeiert hatte, nicht väterlich aufgemuntert, mutig und ausgeglichen zu bleiben, wenn die Tage seines Amtes nicht mehr so festlich sein werden. Am anderen Ende, am fünfzigsten Priesterjubiläum von Pfarrer Bay von Koestlach, wird das Kind des Ortes den huldigen, der seinen Pfarrkindern Widerstand zu leisten wusste, als sie eingeschritten waren gegen ihn beim Bistum... beim Gericht in Altkirch...um ihn wegzutreiben .Er wird sich auch freuen mit seinen Gläubigen über die Halunken gesiegt zu haben. Valentin sollte dem Schimpf und Spott die Stirn bieten, als er seine Kirche renovieren wollte, sonst „mach der Bündel und lass die Simpel " schreia, sa wera’s scho bereue.“

Man kann sich auch den Organisten von Schlierbach vorstellen, wahrscheinlich in die Sakristei gekommen, seinen Rücktritt zu erklären, weil seine Entlohnung zu niedrig war....Die Beschreibungen (wenn möglich laut gelesen) des Pfarrers Heinis sind wirklichkeitsnah. Aber doch gemäßigt. Das Christentum ist noch nicht das Vorzimmer des Paradieses. Es ist das Ergebnis von dem, was es hat und nicht hat; von dem, was es ist und nicht ist (noch nicht ist ) von dem was es weiß und nicht weiß (noch nicht weiß), von dem, was es sucht und vor dem er vielleicht auf der Suche ist. Der Dichter-Priester weiß, dass die Wissenschaftler sich nicht mit dem biblischen Bericht zufrieden geben, um die kosmische Zukunft und die Herkunft des Menschen zu erklären. Es ist ihm nicht entgangen, dass das Licht am ersten Tag geschaffen war, die Sonne musste bis zum 4. Tag warten, um zu scheinen. Die Schöpfung geht auf 6000 Jahre zurück, das ist annehmbar für die Predigt und den Katechismusunterricht, in welchem man wiederholt, dass 1000 Jahre so viel wie ein X sind. Niemand weiß wie viel das mathematisch ausmacht. Und zuerst muss man wissen: Wer schuf? Warum ? Warum ist nicht alles vollkommen? Wohin gehen wir? Die Menschen sind groß genug, um sich Fragen zu stellen. “Wann“? “in wie viel Zeit“ ? und wie? konnte dies geschehen. Und wenn “die Geschichte des Affen” wahr ist ? Das werden wir morgen wissen. Und alles andere auch! Wir werden auch “en d’r Fabrek“ arbeiten, die es bereits gibt. Man spricht von Politik, von Sozialisten, von Demokraten...usw. Und dann wird die Zeit kommen, in der wir glauben werden, endlich aus der Finsternis herauszukommen, und den Morgen zu erlangen, dessen LICHT nur noch FORTSCHRITTE bringen kann.Die Zeit von Johann Baptist Heinis verstehen Darf man sich von ihm wenden ohne zu versuchen einige Elemente seiner “Alchimie“ zu erkennen? Bevor die Erforschung seiner Predigten unsere Analyse vervollständigt, muss man schon Begriffe nennen wie: Herkunft – Geheimnis - Sinn – Wort – Symbol – Poesie -Schönheit - Transzendenz - Transparenz.

Durchsichtig ist auch er, und von seinem tiefen Wesen abgesehen, hatte unser Dichter-Priester unbedingt bevorrechtigte Beziehungen zu dem WORT, mit dem alles angefangen hat: Der Bericht der Schöpfung ist ein Gedicht. Gott BENENNT die Dinge. Sie werden nicht nur “Natur“ sein, sondern “Geschöpfe“. Das Wort trennt sich nicht ganz, (oder löst sich nicht ab,) von dem was es erzeugt hat. Es wird Sinnbild, Ritus! Und das Sinnbild spricht. Machte Pfarrer Heinis etwas anderes, als er das Wort mit dem Brot und dem Wein verbunden hat in der Eucharistie? Danach kann er kein Wort aus seiner Fülle leeren, um es nur an Tiere und Maschinen zu richten. Sprechen ist heilig! (“nach seinem Bild”...) Das Wort muss wahr, richtig und schön sein, wenn möglich gesungen werden. Ein anderer elsässischer Dichter, Louis Spielmann, las uns im Biologieunterricht einige Johann Sebastian Bach gewidmete Verse vor und ließ ihn sagen: “Ein Weltall schuf ich ein im Laut“ Für den Dichter, (jeder Mensch ist dazu berufen) ist alles durchsichtig, weil bewohnt. Die Erde vom Rhythmus der Jahreszeiten und dem Leben. Unsere Geschichte von den Grundereignissen, den Festen wie Weihnachten, Ostern, die Taufe, die Beerdigung. Von dort sprudelt die Quelle hervor und liegt die innerste Einheit von Pfarrer Heinis.

Es ist jedoch wahr, dass zwischen seiner Zeit und unserer, sich die, Entzauberung der Erde“ wie sie Marcel Gauchet genannt hat, einfügte; und sie dauert noch an. Eines ist mir klar: wir brauchen Dichter, denn sie allein können die Welt wieder bezaubern und den Menschen die Lebenslust zurückgeben.

+ Léon Hégelé

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